[La Lune Passeuse] Chapitre 01

New York

 

Le soleil tardait à se lever en ce froid matin d’hiver. Mais cela n’empêcha pas Nathan Allen d’arriver tôt sur son lieu de travail, le sourire aux lèvres. Une fois arrivé, il salua tout le monde et partit se changer, n’attendant pas de réponse de la part des autres. Les morts étaient impolis disait-il souvent quand on lui demandait comment se passait son travail. Sa tenue enfilée, il alla devant la table la plus proche de lui et examina le corps qui y reposait. 

« Bon, qu’avons-nous là, dit-il en attrapant finalement le dossier posé juste à côté. Propriétaire d’un bar, a été retrouvé au sol par un habitué de l’établissement qui s’étonnait de la fermeture du bar. Il y avait une bouteille à côté de lui, continua-t-il à lire. Encore un coma éthylique qui aura été fatal, soupira Nathan. »

Par conscience professionnel, Nathan entreprit quand même une autopsie du patient afin d’avoir la confirmation ou non de sa première conclusion. Il était en train de s’attaquer au foie lorsque la porte s’ouvrit, laissant passer une jeune femme paraissant à bout de souffle.

« Excuse-moi Nathan. J’ai eu un problème de réveil ce matin, je suis venue le plus rapidement possible, lui dit-elle à tout vitesse.
— Ce n’est pas grave. Va te changer, on a une autopsie d’un éthylisme particulièrement mortel. »

La jeune femme, interne en médecine légale, passa en coup de vent à côté de lui afin de rejoindre le petit vestiaire qu’ils partageaient ensemble. Elle revint quelques minutes plus tard, en tenue blanche, ses cheveux noirs retenus en un chignon haut. En arrivant à proximité de la table d’opération, il la vit poser ses lunettes à grosse monture sur son nez, camouflant par la même occasion ses deux grands yeux sombres. Elle se pencha à ses côté et fit une petite grimace à la vue de l’organe.

« Cet homme ne devait pas être un buveur occasionnel si tu veux mon avis, lui dit-elle. Je … »

Elle s’arrêta un moment, jetant un regard furtif vers l’une des seules fenêtres de la morgue. Ses sourcils se froncèrent légèrement, comme si quelque chose la dérangeait.

« Ça va ? Lui demanda Nathan.
— Oui … oui, ne t’inquiète pas. Revenons à notre patient. Même sans faire de comas éthyliques, il n’aurait pas survécu longtemps.
— Je suis de ton avis. Je ne comprends pas pourquoi on l’a emmené alors que cela était absolument logique.
— La famille souhaitait peut-être une confirmation. Ils avaient peut-être encore l’espoir que la cause du décès ne soit pas l’alcool.
— C’est idiot …. absolument idiot. Refermons-le. Il ne sert à rien de nous attarder encore dessus. »

Nathan remplit le dossier du patient afin de mettre une conclusion définitive sur le décès de celui-ci avant d’attraper un autre dossier à étudier. Cette fois-ci, Nathan avait à faire à une jeune femme d’une trentaine d’année, retrouvée morte dans son lit cette nuit. Elle ne semblait avoir aucun antécédent pouvant expliquer cette morte soudaine. Un mystère. Voilà un cas qui lui plaisait bien. Il s’approcha du coffre où se trouvait le corps de la dite femme et l’ouvrit, s’imprégnant pendant quelques secondes de la fraîcheur qui s’en dégageait. Certes, cela pouvait semblait étrange, mais pour lui cette fraîcheur était une preuve que le corps à l’intérieur du coffre était bel et bien éteint et ne risquait en aucun cas de se réveiller et de faire du mal autour de lui. Il préférait nettement plus savoir une personne morte que savoir une personne dangereuse en vie et dès le moment où un être humain était décédé, il devenait comme tous les autres corps. Inoffensif.

Il commença rapidement à examiner la jeune femme. A première vue, il ne remarqua rien de flagrant. Le froid et la mort avaient déjà bien attaqué la couleur de l’épiderme, ne permettant forcément de remarquer certains détails qui auraient pu être important pour l’examen. Il décida alors qu’il allait falloir l’ouvrir … en haut comme en bas. Il se tourna alors vers son assistante pour qu’elle l’aide, mais la découvrit à nouveau le regard tourné vers une fenêtre de la pièce. Son visage était soucieux. Elle mordillait ses lèvres, habitude qu’elle avait lorsque quelque chose la tracassait. Il avait embauché la jeune femme, de trente ans, trois ans plus tôt alors que celle-ci s’était présentée à lui pour un emploi en tant qu’interne en médecine alors qu’il ne cherchait absolument pas à avoir quelqu’un dans ses pattes. Mais la jeune femme avait su se montrer insistante et le CV qu’elle présenta ne lui permit pas de la laisser filer. Il l’avait donc engagé comme assistante, lui promettant un poste d’associé à l’obtention de son diplôme, et avait fini par s’habituer à la présence de la jeune femme, apprenant certaines de ses habitudes comme ce mordillage de lèvres.

« Adrastée ?!
— Oh, sursauta-t-elle. Désolée … j’étais dans mes pensées.
— Tu es sûre que ça va ?!
— Absolument ! Alors on a quoi cette fois-ci ?! Demanda-t-elle afin de changer de sujet.
— Une jeune femme décédée dans des circonstances mystérieuses.
— Il y a des marques sur son corps ?!
— Pas d’après le dossier.
— Alors elle aurait fait un AVC ? Ou alors avait-elle un cancer inconnu ?! Proposa-t-elle. Ou tout du moins par ses proches.
— C’est l’hypothèse que j’avais en tête … il ne reste plus qu’à vérifier ça. Commençons par voir si elle n’a pas de marques qui n’auraient pas été vu. »

Les dossiers et les corps s’enchaînèrent durant le reste de la journée. Nathan et Adrastée ne s’arrêtèrent qu’au déjeuner, profitant de quelques minutes pour calmer leurs faims avant de se remettre au travail.

Nathan était légèrement inquiet pour la jeune femme à ses côtés. Elle avait semblé distraite toute la journée, jetant régulièrement un regard peu rassuré vers les fenêtres, comme si elle avait peur que d’une minute à l’autre celles-ci n’explosent. Finalement, les heures passèrent et il fut temps pour Adrastée de terminer sa journée, Nathan, lui, préférant rester généralement une heure supplémentaire afin de boucler les documents administratifs du jour.

« Je … entendit-il derrière lui. »

Il se retourna, découvrant ainsi Adrastée à quelques pas de pas. Elle semblait mal-à-l’aise et sur le point de dire quelque chose. Elle mordilla à nouveau ses lèvres avant de s’approcher rapidement de lui. Et de l’embrasser.

Le baiser fut bref. Sur le moment, la seule pensée cohérente du jeune homme fut que les lèvres de la jeune femme étaient douces, avant de se rendre compte de ce qu’il se passait. Ses yeux s’écarquillèrent et il fit un pas en arrière. Il eut à peine le temps d’ouvrir la bouche, désireux d’avoir une explication, qu’il vit la jeune femme courir et sortir de la morgue. Il ne comprenait pas ce qu’il s’était passé. Jamais encore elle n’avait agi de la sorte avec lui. Avait-elle développé des sentiments pour lui ?! Si c’était le cas, elle n’en avait jamais rien laissé paraître jusqu’à ce baiser.

Il partit s’installer à son bureau, la paperasse y reposant en tas comme pour le narguer. Il attrapa un premier dossier et un stylo. Les minutes passaient et rien n’avançait. Le baiser était trop frais dans sa mémoire pour qu’il arrive à penser à autre chose. D’un geste rageur, il ferma le dossier et le jeta sur la pile face à lui avant de récupérer ses affaires dans le but de rentrer chez lui. Il était inutile de se forcer à travailler alors que son esprit était à cent mille lieux de ça.

La nuit fut courte mais réparatrice. Il avait arrêté de penser au baiser de la veille jusqu’au moment où il s’installa derrière le volant de sa voiture. Il reverrait Adrastée, comme il la voyait presque tous les jours d’ailleurs, mais cette fois-ci, il anticipait le moment où elle arriverait.

La clé dans la serrure, le bruit du verrou s’ouvrant le rassura un moment. La jeune femme n’était toujours pas arrivée, lui laissant alors encore un moment de répit. Il s’installa à son bureau et s’occupa alors de la paperasse qu’il avait laissée en plan la veille. C’est une fois terminée qu’il se rendit dans la salle d’opération afin de voir les premiers corps de la journée.

Ou plutôt des tables vides.

Aucun corps n’avait été amené dans la nuit, ce qui était malheureusement un événement absolument rarissime. Il décida alors de retourner dans son bureau en attendant. Il ouvrit la porte de la pièce et se stoppa sur son seuil. Une personne, un homme qui semblait avoir le même âge que lui, était assis sur sa chaise, les pieds croisés sur le bureau, tout en feuilletant un des dossiers qu’il n’avait pas rangé.

« Je peux savoir qui vous êtes et ce que vous fichez dans mon bureau ? Demanda Nathan.
— Nathan Allen je suppose ?
— Et vous êtes ?!
— Peu importe … tout ce dont j’ai besoin de savoir c’est où est Adrastée ?!
— Je ne l’ai pas vu depuis hier soir et elle ne commence pas avant un quart d’heure, si vous souhaitez la voir vous n’avez qu’à attendre un peu.
— Elle ne viendra pas … elle n’est pas rentrée chez elle cette nuit … rien a été fait cette nuit … où est-elle ?!
— Je vous ai dit qu’elle n’arrivera que dans …
— ELLE A DISPARU ET VOUS ALLEZ ME DIRE CE QUE VOUS SAVEZ IMMÉDIATEMENT ! »

Sans comprendre ce qu’il venait de se passer, Nathan se retrouva collé au mur par l’homme face à lui. Une rage brillait dans ses yeux et effrayait le médecin.

« Je ne sais pas où elle est ! Je vous ai dit qu’elle est partie hier après le boulot et c’est tout !
— A-t-elle dit quelque chose dans la journée d’hier ? Comment était-elle ?!
— Étrange … elle semblait effrayée par quelque chose mais je ne sais pas quoi et puis …
— Quoi ?! Et puis quoi ?!
— Non rien … c’est sans importance. »

L’homme poussa un cri de rage avant de frapper dans le mur le plus proche de lui. Nathan n’arrivait même pas à déterminer si l’homme était un proche d’Adrastée ou au contraire lui voulait du mal. Il semblait en tout cas être une personne en laquelle il fallait se méfier.

« Nathan ?! »

Le susnommé sursauta. La voix ne venait en aucun de l’homme devant lui. Il tourna la tête dans tous les sens, reconnaissant la personne à qui la voix appartenait, sans pour autant voir une autre personne dans la pièce.

« Nathan ? M’entends-tu ?
— Adrastée ?! »

Le nom de la jeune femme sembla calmer un moment l’inconnu qui s’approcha de lui et le secoua par les épaules.

« Qu’est-ce qu’il se passe ?! Pourquoi as-tu dit son nom ?!
— Je l’entends … mais pourtant, elle n’a l’air d’être nulle part !
— Nathan, continua la voix. Répond moi.
— Tu l’entends dans ta tête ?! C’est ça hein ?! C’est la dedans que tu entends sa voix ?! T’a-t-elle touché hier ?! Ou mieux encore … t’a-t-elle embrassé ?!
— Je, commença à rougir Nathan.
— Nathan … est-ce que tu m’entends ? Répond moi. Nathan. »

Les paroles, devenant à chaque mot de plus en plus fort, se répétèrent indéfiniment dans l’esprit de Nathan, qui sous la puissance de la voix, finit par perdre connaissance.


Note de l’auteur : Et voici pour ce premier chapitre. N’hésitez surtout pas à réagir. Le prochain chapitre devrait sortir le 5 octobre maximum.

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