[La Lune Passeuse] Chapitre 02

Lorsqu’il se réveilla, la lumière du soleil l’obligea à refermer aussitôt les yeux. Il avait l’impression de sortir d’une magistrale gueule-de-bois sans même avoir touché un seul verre d’alcool. Et dieu savait qu’en temps normal il ne buvait déjà pas d’alcool justement pour éviter ce genre d’horrible situation. La douleur était abominable. Si une infirmière passait par là et lui demandait d’évaluer sa douleur sur une échelle de un à dix, il lui dirait qu’elle se trouvait à une valeur de onze tant il souffrait. Il avait besoin d’un bon antidouleur et ce tout de suite au risque de se rouler en boule dans la couverture afin d’échapper au marteau-piqueur qui fonctionnait à vive allure à l’intérieur de son crâne. Il tenta de se redresser lorsque quelque chose, lui paraissant aussi dur que la pierre, percuta son front. Il attrapa l’objet du délit et découvrit, entre ses mains, une boite de paracétamol qui lui parut à cet instant être son saint sauveur. Il prit deux comprimés qu’il s’empressa de mettre dans la bouche et d’avaler à l’aide du verre d’eau miraculeusement apparu dans sa main au même moment.

« La salle de bain est juste au fond du couloir, des affaires t’y attendent, maintenant grouille et rejoins moi dans le salon. »

Nathan mit un moment avant de comprendre que la voix s’était adressée à lui. Il était tellement dans le brouillard qu’il ne chercha pas à comprendre la situation et se dirigea vers la salle de bain. A peine entré dans la pièce, il se mit sous la douche et laissa l’eau couler sur lui. Ça lui faisait du bien. L’eau, associée aux médicaments, semblait le nettoyer de cette sensation insupportable d’ivresse. C’est alors au bout d’une bonne dizaine de minutes que Nathan ouvrit grand les yeux, passant en détail ce qu’il venait de se passer depuis son réveil.

Pour commencer, il s’était réveillé dans un lit qui ne lui appartenait pas, dans un appartement qu’il ne connaissait pas.

Ensuite, la personne qui l’avait guidé jusqu’à la salle de bain était un homme dont la voix lui disait vaguement quelque chose.

Et pour finir, il était là, nu sous le jet d’eau, sans se souvenir s’être déshabillé en arrivant dans la salle de bain.

Un cri d’horreur retentit dans l’appartement, provoquant un rire à quelques pièces de Nathan. Ce dernier sortit précipitamment de sous la douche, se sécha et enfila la tenue posée sur l’un des meubles à côté de lui. Ensuite, il courut presque jusqu’au salon où il trouva l’homme de tout à l’heure _ ou de la veille, il fallait qu’il se renseigne sur le temps qu’il avait passé inconscient _ installé sur un énorme fauteuil et lui donnant un air souverain.

« Je veux des réponses à toutes mes questions! Lui dit derechef Nathan.
— Mais bien sûr Nathan, pose-moi toutes les questions qui se tiennent dans ta tête, lui répondit l’homme d’une voix suave.
— Alors pour commencer, ne me parlez plus jamais comme ça au risque de vous recevoir un magnifique jet de vomi au visage. »

L’homme, face à lui, se mit à rire d’une voix caverneuse, la tête rejetée en arrière. Nathan frissonna en l’entendant. Il avait l’impression d’avoir face à lui un roi prédateur … voire une créature venue d’ailleurs.

« La poésie semble être inné chez toi, reprit l’homme. Allez, pose tes questions, nous n’avons pas toute la journée.
— Alors pour commencer et malgré toute l’étrangeté de la situation, il me faut une réponse à cette première question. Pourquoi est-ce que j’étais nu dans ce qui semblait être votre lit.
— Tu me déçois … j’aurais pensé que tout aurait été logique pour toi. Après tout, tu es médecin. Tu es tellement intelligent … l’anatomie n’a aucun secret pour toi … et puis … commença l’autre avant d’être coupé par un Nathan écarlate.
— STOP! Je ne vous crois pas! C’est … tout bonnement impossible. Déjà parce que je ne suis pas homosexuelle et que je suis persuadé que même dans un état second je serais incapable de ressentir du désir pour un autre homme. Puis je n’ai aucune douleur à … enfin … vous voyez quoi !
— Tu veux dire que tu n’as aucune douleur à l’orifice le plus intime de ton corps. Mais qui te dit que tu as été celui qui a été pris ? Je dois avouer que je n’ai rien contre le changement de rôle parfois, ajouta l’homme en se levant prestement de son siège pour s’approcher félinement de Nathan. Et ces sensations que tu as fait naître en moi cette nuit …
— Vous allez enfin arrêter de vous foutre de moi ? Répliqua Nathan tout en s’éloignant. Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas ce que vous me voulez, mais quoi qu’il en soit, cela ne m’amuse pas. »

Nathan se retourna et partit en direction de la chambre où il s’était réveillé. Il était tout simplement hors de question qu’il reste ne serait-ce qu’une minute supplémentaire avec cet homme. Un malade. Voilà ce qu’il était. Un malade doublé d’un pervers. Qui sait ce qu’il lui avait fait pendant son inconscience. A cette pensée, Nathan frissonna d’horreur. Il n’avait absolument rien contre les personnes n’étant pas hétérosexuelles, mais il se savait aimant les femmes et uniquement les femmes. Et si un jour il faisait quoi que ce soit avec un homme, ce serait parce que son cœur l’avait décidé et pas autrement. Cependant, ce jour se situait loin du présent. Très loin dans une contrée appelée couramment « jamais ».

Comme pour s’éloigner au plus vite de cet endroit, Nathan fouilla la chambre, à la recherche des vêtements qu’il portait à l’origine et d’éventuelles affaires qui auraient été pris avec lui lorsqu’il avait été transporté. D’ailleurs, il se demandait bien comment l’autre malade avait fait pour le déplacer jusqu’ici. Il n’était pas gros mais son kidnappeur ne semblait pas très musclé non plus. Mais il n’avait pas le temps de lui demander. Il lui fallait partir d’ici le plus rapidement possible avant qu’il ne lui arrive quelque chose. Il avait hâte de retourner dans son domaine de froid. Au moins les morts ne l’embêtaient pas. Enfin … quand il y avait des morts.

Ne retrouvant aucune affaire, Nathan décida de s’en aller quand même. Ses affaires personnelles avaient dû rester au boulot, à l’endroit où il les rangeait à chaque fois qu’il arrivait à la morgue. Et s’il y avait des choses lui appartenant ici, il n’en avait que faire. Son seul souhait était de s’en aller d’ici. Très loin d’ici.

Une courte inspiration. Une longue expiration. Encore. Et encore. Nathan tentait en vain de contenir son énervement. Il tournait en rond depuis tout à l’heure alors qu’il était tout simplement dans un fichu appartement. Certes l’appartement était grand. Mais il était impensable qu’il soit si grand qu’il ait l’impression que la porte d’entrée jouait à cache-cache avec lui. Il tourna encore quelques minutes jusqu’à trouver le Saint Graal. Il s’approcha, attrapa la poignée et la tourna.

« Ferme cette porte immédiatement. »

Son ravisseur avait parlé d’une voix si sombre que Nathan ne put que lâcher la porte pour qu’elle se referme seule. Il resta figé, la main en l’air, comme pris sur le fait d’un acte abominable. Il hésitait à se retourner et affronter l’autre homme. Il y a quelques minutes il lui aurait encore crié dessus, mais là, à l’instant même, la voix qu’il avait utilisée le dissuadait totalement de dire quoi que ce soit. Comme si elle avait paralysé tout son être.

« Bien, continua la voix. Maintenant on va aller s’installer dans le salon et on va discuter. »

Derechef, Nathan obéit. Il eut alors envie de se frapper d’être aussi couard. Il suffisait que quelqu’un lui parle méchamment pour qu’il tremble presque de peur. Heureusement pour lui que les informations ne prévoyaient pas d’invasion de zombies dans les jours qui venaient. Vu l’endroit où il travaillait, Nathan aurait dû se tuer dès le départ s’il ne voulait pas rester pétrifié de peur et se faire manger dans les premières secondes de l’attaque.

« Eh beau gosse, tu divagues. »

Nathan se reconcentra sur la situation présente et poussa un cri d’horreur en remarquant le visage de l’inconnu à cinq centimètres de son propre visage. Il fit un bond en arrière, le visage défiguré par la terreur.

« On est bien avancé avec toi. Je me demande pourquoi elle t’a choisi pour ce rôle.
— Vous parlez d’Adrastée, c’est ça ? Demanda alors Nathan en sortant de sa torpeur.
— Ça y est, tu as enfin retrouvé tes esprits ? Nous allons enfin pouvoir passer au plus intéressant. Je veux absolument tous les détails de la journée d’hier. Je veux savoir tout ce qu’elle a fait d’inhabituel. Et ne me ment pas. Je le saurais bien assez vite si c’est le cas.
— Pourquoi vous le dirais-je ?
— Ça ne semblait pas te déranger tout à l’heure. Tu sais, quand …
— Je vous ai dit qu’il n’y avait rien eu entre nous ! Ceci est strictement impossible.
— Je parlais de ce matin à la morgue, petit docteur.
— Oh, rougit Nathan. Eh bien, j’ai changé d’avis sur vous. Vous me paraissez être un pervers complètement malade. Qui me dit que vous n’en avez pas après Adrastée ? Qui me dit que ce n’est pas vous qui lui avez fait quelque chose et que vous voulez juste m’éliminer si vous découvrez que j’en sais trop ? Hein ? Qu’est-ce qui me garantit tout ça ?
— Mais c’est soit tu me fais confiance, soit tu seras embarqué dans quelque chose qui te dépassera.
— Parce que si je vous fais confiance je retournerai chez moi ? demanda Nathan avec espoir.
— Non, lui répondit directement l’autre autre.
— Au moins, je suis prévenu, soupira le médecin. Puis-je au moins savoir qui vous êtes ? ce serait quand même la moindre des politesses.
— Je me nomme Asriel.
— Hum … finalement, à part savoir à qui je parle, ça ne m’avance à rien. Pourquoi je suis ici ?
— Adrastée à disparue. Il semblerait que toi seul puisse m’aider à la retrouver. »

Nathan soupira. Il ne comprenait décidément rien à ce qu’il se passait. Cet homme, Asriel, semblait de plus en plus étrange _ si cela était encore possible. Mais malgré tout, il continuait de dégager quelque chose semblable à de la puissance. Peut-être était-il le haut dirigeant d’une grande entreprise et que son rôle lui donnait cette prestance. Pourtant, Nathan en doutait. Quelque chose le taraudait mais il ne savait pas trop quoi.

« Demande-lui qui il est. »

Nathan sursauta. Encore une fois, il eut l’impression d’entendre la voix d’Adrastée dans sa tête. Ce qui était, bien évidemment, totalement impossible. Peut-être son absence le marquait plus que de raison. Ou alors avait-il cogné sa tête contre le rebord d’une table lors de sa perte de connaissance et cela avait provoqué des hallucinations auditives. Malgré tout, quelque chose poussa Nathan à reposer la question à Asriel.

« Qui êtes-vous ?
— Je suis Asriel, sourit doucement l’homme en question.
— Qui êtes-vous ? répété Nathan sur une dernière intuition.
— Je suis la Mort. »

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