[La Lune Passeuse] Chapitre 03

Lieu inconnu

 

Adrastée sursauta. Elle secoua sa tête, faisant virevolter autours d’elle quelques gouttes d’eau. Elle cligna plusieurs fois des yeux, essayant de s’habituer à l’obscurité qui semblait l’entourer. Ses yeux lui piquaient de l’eau qu’on venait de lui lancer au visage. La jeune femme tenta de se leva mais remarqua à cet instant que ses pieds et ses mains étaient liés à la chaise sur laquelle elle était maintenue. Pendant l’espace de quelques secondes, elle se demanda ce qu’elle faisait là. Puis ses souvenirs lui revinrent peu à peu et elle sut que le pressentiment qu’elle avait eu la veille s’avérait être vérifié.

 

Flash-Back

 

Lorsqu’Adrastée se réveilla, elle se sentait mal. La nausée l’envahissait et elle avait l’impression que son cœur lui faisait mal. Elle se sentait vraiment mal. C’était comme si son propre corps faisait tout ce qu’il pouvait pour l’empêcher de se lever du lit et s’en aller. Elle prit une grande inspiration pour l’encourager à mettre les pieds en dehors du lit et finit enfin par se diriger vers la salle de bain. C’était bien la première fois qu’elle ne se sentait pas en forme comme cela. Elle aurait bien pensé être malade mais rien ne laisser croire à un quelconque virus, d’autant plus que son cerveau bouillonnait. Comme si quelque chose se préparait pas très loin d’elle et qu’il fallait qu’elle se méfie de tout.

 

La jeune termina de se préparer et sortit de chez elle. Comme chaque jour, elle se rendait à son travail à pied, le temps restant clément pour le moment. Cependant, au bout de quelques pas, elle se demanda s’il n’aurait pas été préférable, pour une fois, de prendre sa voiture.

 

Elle avait l’horrible sensation d’être suivi. Elle voyait des ombres aux coins de rue et tout près d’elle, mais à chaque fois qu’elle se retournait, les ombres disparaissaient. Ne voulant pas prendre de risque, Adrastée fit quelques détours supplémentaires, au cas où ses suiveurs avaient analysé le parcours qu’elle faisait chaque jour depuis des années. Il lui fallut finalement une vingtaine de minutes supplémentaires pour parvenir à son lieu de travail, ce qui signifiait qu’elle avait une bonne dizaine de minutes de retard, qu’elle essaya de rattraper en courant une partie de son trajet.

 

Ellipse

 

Sa journée était désormais terminée et Adrastée ne rêvait plus que de se laisser couler dans un bain chaud et parfumé. Elle avait l’impression d’avoir passé sa journée à être sur ses gardes, sursautant au moindre bruit et fixant son regard sur la moindre ombre qu’elle apercevait à travers les petites fenêtres de la morgue. Cela avait été tout simplement épuisant et de ce fait, la jeune femme ne voulait plus, à présent, qu’être dans un endroit où elle se sentirait en sécurité.

 

Malheureusement pour elle, au détour d’une ruelle, alors que l’esprit d’Adrastée s’était évadé un instant, elle sentit ses bras être maintenu par deux hommes à la force prodigieuse. Elle tenta de se dégager lorsqu’une troisième personne, qu’elle n’avait pas sentie dans son dos, posa un mouchoir imbibé de chloroforme sur son visage, laissant le soin à l’inconscience d’accueillir Adrastée.

 

Fin du Flash-Back

 

Lorsque finalement Adrastée vit enfin claire, elle découvrit que la personne qui l’avait réveillé brutalement était un homme. Il devait avoir au moins la cinquantaine et était d’une rare beauté. Des cheveux d’un blanc immaculé lui tombaient sur les épaules et deux yeux clairs qui la scrutaient avec attention. Pendant quelques secondes, Adrastée sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Elle avait l’impression que l’homme la sondait jusqu’à toucher son âme du bout de son regard.

 

Elle tenta de se ressaisir assez rapidement, ne voulant pas montrer un quelconque trouble à son ravisseur. Mais l’immobilité de l’homme ne l’aidait pas dans sa démarche. Elle le fixa du regard, tentant d’y trouver n’importe quelle émotion. Mais rien. Le regard scrutateur de l’homme était aussi éloquent qu’une feuille vierge.

 

Soudain, on frappa à la porte. Sans attendre de réponse, la poigna s’abaissa et un homme entra dans le cachot.

 

« Maître. Voilà ce que vous aviez demandé, dit le nouvel arrivant tout en s’inclinant. »

 

Adrastée le vit tendre une petite boîte vers l’autre homme qui s’en saisit sans un mot. Cependant, un fin sourire de satisfaction se trouvait désormais sur les lèvres de celui-ci. Il ouvrit la boîte et en sortit une paire de gants aussi noir que la nuit. Ils semblaient être faits de soie par leur fluidité ou de velours par leur aspect. Il les enfila sans plus tarder et s’approcha d’Adrastée. Il attrapa son menton entre ses doigts, ne se souciant pas de la force qu’il mettait, et tourna la tête de la jeune femme à gauche puis à droite, la détaillant sous toutes les coutures, avant de la regarder à nouveau droit dans les yeux.

 

« Impressionnant, dit-il alors d’une voix envoutante qui fit frémir Adrastée. »

 

D’un mouvement sec de la tête, Adrastée réussit à s’arracher à la poigne de l’homme. S’il pensait qu’elle allait rester docile, il se mettait le doigt dans l’œil. C’est alors que, sans qu’elle ne l’ait vu venir, l’homme lui asséna une gifle assez forte pour la rendre étourdie. Tentant de reprendre contenance, Adrastée cligna des yeux, les larmes lui brouillant la vue, puis releva fièrement la tête vers l’homme. Plusieurs secondes, voire minutes, passèrent sans un seul bruit. Un combat silencieux s’opérait entre les deux personnes et la situation ne semblait pas évoluer. « Demande-lui qui il est », se dit-elle alors qu’elle commençait à ne plus supporter ce silence.

 

« Qui êtes-vous ? demanda contre toute attente son ravisseur.
— Vous devriez le savoir vu que vous avez organisé mon enlèvement. Par contre, moi je ne vous connais absolument pas. Alors vous qui êtes-vous ?
— Je suis Sytry, le grand maitre de cette demeure.
— Prendre le nom du Prince des Enfers, n’est-ce pas prétentieux de votre part ô cher Sytry ? »

 

Une seconde gifle atteignit la joue de la jeune femme. Elle sentit un goût métallique remplir sa bouche. Il n’y était pas allé de main morte, c’était sûr.

 

« Impertinente ! râla Sytry. Je serai Maître Sytry pour toi et encore plus lorsque je t’aurai définitivement mis sous mes ordres ! »

 

Il fit alors demi-tour, prêt à sortir de là.

 

« Attendez ! l’interpela Adrastée. Je veux savoir où je suis ! »

 

Sytry s’arrêta à deux pas de la porte. Il se retourna, un sourire suffisant aux lèvres avant de se mettre à parler.

 

« Très chère … Bienvenue chez Thanatos ! »

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