[One Shot] Under the Mistletoe (Noël 2016)

Un virage à droite. Puis à gauche … mauvaise idée. Un demi-tour et pas moins de quinze minutes supplémentaires, il arriva finalement à destination. Dès qu’il entra dans la salle de cours, le jeune homme se laissa tomber sur sa chaise avant de poser sa tête sur la table face à lui. Il n’en pouvait plus de faire des détours incroyables pour aller en salle de cours. Cela durait depuis une semaine uniquement mais c’était déjà trop pour lui. Et le pire dans tout cela était que ce n’était pas prêt de s’arrêter. Il poussa un long soupir découragé, faisant rire son voisin de table tout juste arrivé.

« Combien de temps tu as mis cette fois ? lui demanda-t-il.
— Dix-sept minutes pour aller de l’entrée à la salle. Ils en ont rajouté dans trois couloirs.
Les joies de Noël et ses traditions, rajouta un autre jeune homme en s’installant devant lui. Je vois même pas pourquoi ça te dérange autant en fait. Toutes les plus jolies filles _ et les moins jolies aussi mais passons _ t’attendent sous du gui à chaque couloir afin de pouvoir t’embrasser ! C’est le rêve de tous les mecs !
— A part si monsieur réserve ses lèvres pour une personne particulière, se moqua le premier.
— Oh ! Notre Jules serait amoureux ?
— Fermez la, râla Jules.
— T’entends ça Michael ! le railla le jeune homme à côté de lui.
— Les mecs ! Laissez le tranquille à la fin. »

Jules releva la tête à l’entente de la voix et un sourire étira ses lèvres en voyant s’approcher son meilleur ami, Nathanaël, et la sœur de ce dernier, Juliette. Celle-ci vint poser un baiser sur sa joue avant de s’installer sur la chaise la plus proche. Jonathan, à côté de lui, regarda Juliette avec des yeux de merlan fris, provoquant chez la demoiselle de charmantes rougeurs sur ses pommettes ainsi qu’un petit sourire timide. Jules les observa un instant, passant de l’un à l’autre en même temps que fanait sa bonne humeur. Il sentit son cœur se serrer à cette vision et sa gorge se nouer. Il se leva précipitamment, faisant sursauter tout le monde autour de lui.

« Je … bafouilla-t-il. Je vais chercher un truc à manger. »

Il sortit de la salle sans un mot de plus et se dirigea vers la cafétéria. En réalité, il n’avait, bien entendu, pas faim du tout, mais s’il voulait pouvoir être crédible auprès des autres, il valait mieux qu’il ne se ramène pas les mains vides.

Il observa le muffin qu’il avait entre les mains. Son estomac était tellement serré que sa simple vue lui donnait presque des nausées. Peu désireux de revenir maintenant en salle de cours et sachant qu’il lui restait au moins dix minutes, Jules s’isola dans une salle vide et s’assit sur la première chaise qu’il vit. Une main posée sur sa poitrine, il ferma les yeux d’agacement et laissa sa tête partir en arrière. Il en avait assez de tout cela. Son secret lui pesait et il n’avait qu’une envie, crier au monde entier la vérité. Ainsi il n’y aurait déjà plus toutes ces filles l’attendant sous les milliers de guis, disséminés dans le lycée, pour l’embrasser et il n’aurait plus à ressentir cet horrible sentiment en voyant Juliette et Jonathan se faire les yeux doux.

« Une petite faim c’est ça ? »

Jules sursauta. Face à lui se trouvait Nathanaël, à califourchon sur une chaise, et un sourire narquois sur les lèvres. Jules fronça les sourcils, il ne l’avait pas entendu rentrer et encore moins vu s’installer. Il le fixa du regard. Sa présence lui donnait envie de pleurer.

« Alors comme ça, tu serais amoureux ? le taquina Nathanaël.
— Nate, soupira Jules en baissant les yeux au sol.
— Et qui est la personne ayant réussi à conquérir le cœur de ce si convoité Jules Duchatel ?
— Comme si tu ne le savais pas. »

Jules se mit à rougir avant de détourner le visage pour regarder par la fenêtre, faisant fi du petit rire moqueur qui emplissait la pièce. Quelques secondes plus tard, le silence réapparut. Des doigts glissèrent délicatement sur la joue de Jules qui frissonna. Une main prit place sur la nuque du jeune homme avant que des lèvres ne prennent possession des siennes. Il ferma les yeux, se laissant envahir par cette sensation de bien-être. C’était ce dont il avait eu besoin depuis son arrivée et il ne put s’empêcher de pousser un gémissement de frustration en sentant Nate s’éloigner de lui.

« Désolé. Je sais que ce secret te pèse. Mais les réactions de Juliette sont totalement imprévisibles et bien qu’elle fasse les yeux doux à Jon, elle a longtemps été amoureuse de toi et j’ai peur que ce ne soit pas totalement terminé, expliqua Nathanaël en attrapant Jules par la main pour le tirer à lui. Lorsqu’on sera sûr que dans son cœur ses sentiments pour toi n’existent plus, nous pourrons tout dévoiler.
— Je sais, soupira-t-il en se levant pour s’installer sur les genoux de son petit ami. »

Il blottit son visage contre le cou du jeune homme et inspira fort son odeur. Puis finalement, n’arrivant plus à se contrôler, Jules ne put que laisser court à ses larmes. Les bras qui l’entourèrent se resserrèrent autour de lui et des lèvres se posèrent à la base de son cou. Ils restèrent ainsi pendant plusieurs minutes, ignorant le cours qui devait sûrement avoir commencé depuis un petit moment. Ils avaient juste besoin de rester dans les bras l’un de l’autre comme ils avaient peu l’occasion de le faire depuis leur mise en couple plusieurs mois auparavant.

Ils se connaissaient depuis le collège et étaient vite devenus amis puis meilleurs amis. Rapidement Juliette s’était rajoutée au duo qui devint rapidement un quatuor puis un quintet avec l’arrivée de Jonathan et de Michael. Ils étaient tous devenus inséparables et avaient été plus qu’heureux de se retrouver tous ensemble dans le même lycée. Cependant, après cinq ans d’amitié, rien n’aurait laissé présager que Jules et Nathanaël sortiraient un jour ensemble. Mais les sentiments étaient imprévisibles, Jules s’était rendu compte il y avait près d’un an qu’il ne voyait pas son meilleur ami comme tel. Il avait longtemps cru qu’il ressentait pour lui juste une amitié plus forte que celle qu’il ressentait pour les autres jusqu’au jour où il se surprit à imaginer une vie sans Nathanaël et que sans se rendre compte il ne put à ce moment que pleurer. Son cœur lui faisait tellement mal à cette idée qu’il avait eu du mal à se calmer. Il avait par la suite essayé d’imaginer sa vie sans la présence de ses autres amis, mais même si la peine était présente, il n’avait pas été envahi par cette sorte de terreur qu’il avait ressenti juste avant.

Les jours suivant, il avait énormément observé Nathanaël ainsi que son propre comportement. Et ce fut réellement là qu’il s’en rendit compte. Il jetait très fréquemment des coups d’œil au jeune homme, s’attardant sur ses lèvres, son regard, la grâce de chacun de ses mouvements, sentait son cœur se serrait lorsqu’un de ses sourires ne lui était pas adressé et au contraire, le sentait louper un battement lorsqu’il en était à l’origine. La première chose à laquelle il pensait le matin était à la manière dont il allait s’habiller pour que Nate le remarque, et la dernière était de savoir si celui-ci dormait déjà.

Ce manège dura plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Jules observait toujours Nate à la dérobée, ignorant chaque jour son cœur qui lui criait de tout avouer quitte à les faire s’éloigner. Mais encore et toujours le simple fait de les imaginer en mauvais terme le terrifiait.

Puis tout changea, du jour au lendemain alors qu’il était allongé dans une étendue verte à l’écart du bâtiment principal de l’établissement. Il était épuisé et profitait d’une heure de vide pour piquer un somme, ses amis parlant près de lui. L’heure tourna et ces derniers se levèrent. Il entendit Nathanaël leur intimer d’aller en cours tandis qu’il allait réveiller leur bel endormi. De petites rougeurs apparurent sur les joues de Jules qui, peu désireux de se lever et surtout se disant qu’en mettant du temps à se « réveiller » il serait seul avec Nathanaël plus longtemps, ne bougea pas d’un cil. Il attendit plusieurs secondes, rien ne se passant. Puis un léger contact sur ses lèvres se fit sentir. Son corps se raidit et il s’obligea à maintenir ses yeux fermés. Le baiser s’arrêta rapidement et un souffle atteignit son oreille.

« J’ai fait le premier pas. Fait le deuxième. »

Jules ne perdit pas une seconde supplémentaire. Sa chance se présentait à lui. Il n’avait qu’à tendre la main pour la saisir et c’est ce qu’il fit. Il ouvrit les yeux, rencontrant ceux qu’il avait tant observé ces derniers temps, et tendit la main jusqu’au t-shirt de son meilleur ami, pour l’attirer à lui et plaquer ses lèvres contre les siennes. D’un mouvement de bassin, il fit basculer Nate sous lui avant de placer ses mains sur les joues de ce dernier pour approfondir le baiser. Un rire se répercuta contre sa bouche, le faisant stopper leur échange.

« Je ne m’attendais pas à autant d’empressement de ta part, rit Nathanaël.
— Je … désolé, rougit Jules en se redressant. C’est que … tu es sérieux ? Réellement sérieux ?
— Pourquoi ne le serais-je pas ? »

Jules fondit à nouveau sur les lèvres avant de laisser son visage trouver refuge dans le cou de Nathanaël.

« Désolé, mais tu n’imagines même pas depuis quand j’ai envie de faire ça.
— Depuis aussi longtemps que moi je pense, lui répondit-il en se redressant. On devrait y aller. Ça va bientôt sonner.
— On leur dit quoi aux autres ? Enfin … pas que ça me gêne de le leur dire mais …
— Ma sœur est amoureuse de toi.
— J’avais remarqué oui, chuchota Jules. Je veux pas la blesser mais je veux rester avec toi.
— Ne disons rien pour le moment. Elle finira par oublier son amour pour toi. Attend un peu. Ensuite nous pourrons tout dire. »

Attendre un peu.

Cela faisait plus d’un an qu’ils étaient ensemble et ils en étaient toujours au même stade. Se cacher. Ne pas pouvoir faire ce qu’ils voulaient pendant leurs sorties en groupe. Voir les filles tourner autour d’eux, les repousser sans pouvoir leur dire pourquoi, les laisser lancer des rumeurs sans avoir la possibilité de se défendre en rétablissant la vérité. Jules se redressa et essuya ses larmes. Lorsqu’il entendit la sonnerie de fin de cours il prit sa décision.

« J’espère que tu m’aimes assez pour ce que je vais faire, dit-il à son petit ami avant de se lever et sortir de la pièce. »

Il se dirigea vers la salle où il était censé avoir eu cours juste avant. Il vit leurs amis en sortir et se dirigea derechef vers Juliette qu’il retourna vers lui.

« Je vais te poser une seule question. Répond moi et sois honnête s’il te plait.
— Je … d’accord, bafouilla-t-elle. Mais, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
— De qui es-tu amoureuse ? »

Le visage de Juliette vira au rouge et les secondes suivantes, elle ne sut plus où poser son regard. Les gens commençaient à s’agglutiner autour d’eux. Jules était une des coqueluches de l’école et les rumeurs disant qu’il était en couple avec Juliette faisaient parties des plus persistantes. Les chuchotis se firent de plus en plus présents et tout le monde attendait la réponse de Juliette.

« Je ne sais pas où tu veux en venir mais … je suis désolée Jules … j’ai été amoureuse de toi pendant très longtemps … mais même si tu as des sentiments, je … désormais j’aime quelqu’un d’autre et … on sort ensemble depuis quelques jours. Pardonne-moi ! Je … »

Elle fut coupée par Jules qui l’embrassa sur le front, un énorme sourire mangeant tout son visage.

« Tu viens de m’offrir le plus beau cadeau de Noël que tu pouvais faire ! Soit heureuse avec Jonathan ! »

Jules se retourna, loupant les mines abasourdies du jeune couple. Il avança, d’un pas conquérant, jetant au passage un coup d’œil déterminé à Nathanaël qui s’était mêlé aux autres élèves. Il fit encore quelques pas avant de trouver ce qu’il voulait. S’arrêtant sous une branche de gui, il s’adressa à l’ensemble de l’école présente autour.

« Je suis amoureux. Oui, j’aime quelqu’un et cette personne, sauf preuve du contraire, m’aime aussi. Nous sortons ensemble depuis plus d’un an. Cette personne est merveilleuse. Tellement merveilleuse qu’elle avait peur de blesser des personnes si on dévoilait notre relation au grand jour. Mais maintenant j’en ai assez. Assez de faire plus attention au bonheur des autres qu’à notre propre bonheur. Je veux pouvoir te prendre par la main dès que j’en ai envie, t’embrasser pour prouver au monde entier que mon cœur t’appartient, je veux pouvoir te dire que je t’aime à n’importe quel moment de la journée. Alors voilà. Au-dessus de moi, il y a un gui. C’est mon premier pas envers toi. Tu as jusqu’à dix pour prendre ta décision. Quelle qu’elle soit, je t’aimerai. Ce n’est que mon premier pas. Je n’attends que ton second. »

Sur ces paroles, Jules écarta les bras et ferma les yeux. La voix tremblante, il compta jusqu’à dix. Les chiffres défilaient et le dix s’approchaient de plus en plus sans qui rien ne se passe. Le numéro neuf arriva, les larmes lui montèrent aux yeux. Il ouvrit la bouche, prêt à annoncer le nombre final, quand il sentit une main derrière sa nuque. Son visage fut tiré vers autre et alors qu’il s’attendit à un baiser, une autre main se posa sur sa bouche. Surpris, il ouvrit les yeux et tomba nez à nez avec une jeune fille qu’il avait vu une fois sous un gui. Il sursauta et eut un mouvement de recul en se rendant compte de ce qu’il avait failli arriver. Son dos percuta quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Le propriétaire de la main qui avait empêché le baiser et accessoirement son petit ami. Nathanaël se pencha vers la jeune fille face à eux, un rictus au bout des lèvres, et lui chuchota.

« Je te prie de m’excuser … mais ces lèvres sont déjà prises. »

Avant de les embrasser.

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