[One Shot] On the road of Love

Les gens vous le diront. « Penser à son passé » est généralement la phrase utilisée pour dire « se rappeler des choses que l’on aurait voulu faire autrement ou des choses qui nous manquent ». Penser à son passé est rarement joyeux. Mêlant nostalgie et regret, on finit souvent par s’en vouloir de s’infliger ce genre de choses. Mais le pire restait lorsque les choses du passé dont il était question intervenaient dans le présent. En tout cas, c’était ce que se disait Madison alors qu’elle voyait monter dans le bus des traces de son passé qu’elle aurait bien aimé éviter encore un long moment.

Elle tentait de faire abstraction du groupe de personnes qui venaient de s’assoir non loin d’elle. La tête tournée vers le paysage qui défilait au travers des vitres, ses mains liées entre elles, se tordant et se griffant à cause de l’anticipation. Elle ne savait pas si elle voulait que ces personnes l’ignorent totalement ou alors montrent en quelques sortes qu’ils reconnaissaient encore son existence. Elle tenta du mieux qu’elle put de ne pas leur décrocher un seul regard. Elle ne voulait rien amorcer entre le groupe et elle. Si quelque chose devait se passer, ils en seraient l’origine. Pas elle.

« Regardez-la … encore toute seule. »

Les premiers mots qu’elle entendait. Elle savait parfaitement qui les avait prononcés et elle se doutait bien qu’elle en était le sujet. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’était ce qu’allaient déclencher ces mots. Un rapprochement ou d’autres chuchotements ?

« En même temps, elle ne fait pas d’efforts pour que les gens s’intéressent à elle, répondit un jeune homme.
— Je me demande même comment on a pu être ami avec ça, ajouta Camélia, celle qui avait amené le sujet. Regardez-là. Elle est tellement différente de nous !
— Pourtant, elle avait une place particulière dans le groupe. »

A cette troisième voix, Madison eut envie de se retourner. Ava avait été ce qui se rapprochait le plus d’une meilleure amie, mais comme les autres, elle s’était éloignée subitement. Elle avait suivi le groupe. Elle l’avait rayée de sa vie comme on raye une faute. Sans se poser plus de questions que ça. Et l’entendre parler ravivait en elle tous les souvenirs qu’elle gardait malgré elle dans son esprit et dans son cœur. Elle n’avait jamais rien trouvé pour les remplacer alors ils ne trouvaient rien de mieux à faire que de la meurtrir. Encore plus dans un moment comme celui-ci.

« Tu veux retourner avec elle ? demanda en riant Kyle, le jeune homme du trio.
— Absolument pas ! répliqua directement Ava. Je me dis juste qu’on devait être bien atteint pour lui accorder une place de ce genre parmi nous ! »

Cette dernière phrase provoqua l’hilarité du groupe et les larmes de Madison qui se retrouvait tétanisée. Elle aurait dû répliquer, leur dire qu’elle était beaucoup mieux sans eux, plus libre. Mais la vérité était que même si tout cela était vrai, ils lui manquaient. Ou plutôt ce qu’elle avait vécu avec eux lui manquait. Car effectivement, ils avaient raison. Désormais elle était seule.

Elle ferma les yeux, essayant de contenir comme elle pouvait les larmes qui menaçaient de couler à la moindre parole supplémentaire de ses voisins de bus. Ce fut finalement une caresse sur sa joue qui la fit rouvrir les yeux. Elle sursauta en découvrant un visage masculin tout près du sien. Il était tellement près que les effluves légères de son parfum venaient lui titiller les narines. Pour une raison inconnue, cette odeur avait un côté rassurant. Et la sensation de ses doigts sur sa joue semblait ne pas vouloir s’estomper alors que le jeune homme s’essayait devant elle.

« Bah, pourquoi tu fais cette tête ? Tu croyais que j’allais louper le bus ? Et manquer de faire le trajet avec toi ? Mais jamais de la vie mon cœur. »

Ces derniers mots firent sursauter Madison qui ne comprenait pas ce qu’il se passait. Elle jeta un rapide coup d’œil vers le trio près d’elle qui s’était arrêté de parler. Elle les avait vus. Ils la fixaient comme si une deuxième tête venait subitement de lui pousser sur le corps. Et elle les comprenait. Elle aurait fait la même chose à leur place. Un jeune homme qu’elle ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve, et pas des plus laids soit dit en passant, venait de lui caresser la joue et de l’appeler mon cœur. Comme s’ils étaient en couple. Lorsqu’elle releva les yeux, elle remarqua qu’il la fixait en souriant. Il lui souriait. D’un sourire doux qui lui serrait le cœur. Il ne lui était pas réellement adressé. Elle le savait. La personne devait se jouer d’elle. Ou alors, il avait simplement eu pitié de lui après avoir remarqué ses larmes.

« Tu viens, c’est notre arrêt ! »

Doucement, comme si elle était un animal craintif, il lui attrapa les mains et la tira à lui. Il passa un bras sur ses épaules et attrapa son sac avant de les guider jusqu’à la sortie du bus. Après en être descendu, il les fit prendre un petit chemin qui les mena jusqu’à un parc pour enfants où ils s’assirent sur un banc.

Le silence se fit pendant plusieurs secondes. Jusque-là, le jeune homme n’avait toujours pas lâché la jeune fille qui ne put résister plus longtemps avant de fondre en larme. Un cocon se forma autour d’elle et sans hésitation, souhaitant simplement s’accrocher au réconfort qu’on lui offrait, Madison se fondit dans l’étreinte du jeune homme, enfouissant son visage au creux du cou de celui-ci.

Il fallut une bonne dizaine de minutes avant que ses larmes ne se tarissent. Mais désormais, elle n’osait plus s’éloigner de lui. Son visage avait surement viré au carmin, ses pleurs l’avaient forcément défiguré, gonflant ses yeux, déjà qu’elle ne se trouvait pas spécialement jolie, cela devait être pire désormais.

« Tu vas bien ? »

Elle sursauta et releva son visage dans un réflexe. Elle eut alors une seule et unique pensée en tête. Cet homme avait les plus beaux yeux du monde. D’un bleu lui rappelant le ciel d’été qu’elle aimait tant. Mais plus encore que leur couleur, c’était la douceur qui s’en dégageait, cette bienveillance, et cette absence de moquerie, qui la toucha en plein cœur. Elle avait rarement eu affaire à une personne de ce genre.

Finalement, Madison s’éloigna de lui, essuyant les traces de larmes sur ses joues. Elle put alors contempler le bel inconnu dans son ensemble. Il était blond comme un champ de blé et sa peau était comme une plage de sable fin. Tout dans le jeune homme faisait penser à l’été et pourtant sa présence était plus comme une cheminée en plein hiver ou la première éclosion des fleurs au printemps. Rassurante. Il avait beau être un parfait inconnu, Madison n’arrivait pas à se méfier de lui.

« Allez, sèche tes larmes. Tu vaux plus qu’ils ne peuvent le penser. Souris et garde la tête haute. »

Délicatement, il passa ses doigts sur les yeux de la jeune fille, effaçant définitivement ses dernières larmes. Elle ferma les yeux, profitant de ce petit instant de douceur, elle qui en avait, elle s’en rendait compte, énormément besoin. Puis, comme une simple caresse faite par le vent, elle sentit les lèvres du jeune homme se poser sur son front avant que tout ceci ne s’arrête. Elle rouvrit les yeux et fut confronter à la solitude. La réalité. Sa réalité. Celle qu’elle connaissait tellement bien ces derniers temps. Et elle dut alors l’admettre. Son sauveur, elle ne trouvait pas d’autres termes pour le qualifier, s’était tout simplement volatilisé.

Madison cligna rapidement des yeux, comme pour estomper une hallucination, avant de regarder autour d’elle. Mais le jeune homme avait bel et bien disparu. Pendant quelques secondes, elle se demanda si elle n’avait pas rêvé ces dernières minutes. Pourtant, ce ne pouvait pas être le cas. Elle était persuadée d’avoir vu le jeune homme dans le bus. Il lui avait caressé le visage, l’avait appelé mon cœur avant de l’emmener jusqu’ici. Même avec la meilleure volonté du monde, elle n’aurait jamais pu inventer quelque chose comme cela.

Non, elle n’aurait pas pu.

Il fallut à Madison plusieurs jours avant d’accepter qu’elle n’avait pas inventé ce jeune homme, qu’elle n’était pas folle. Il était simplement venu l’aider et lorsqu’il avait vu qu’elle s’était calmée, il s’en était allé. Peut-être ne l’avait-elle pas entendu le jeune homme lui dire au revoir, lui dire qu’il allait désormais la laisser et rentrer chez lui.

Elle se demandait en tout cas, si un jour, elle aurait l’occasion de le revoir.

Les jours passèrent et la même routine incessante continuait pour Madison. Les journées se ressemblaient et le moral de la jeune fille ne remontait pas. Plusieurs fois, elle avait dû faire des pieds et des mains pour éviter à nouveau le trio d’enfer. Ils l’avaient vu avec son inconnu. S’ils la voyaient seule maintenant, ils penseraient sûrement qu’elle n’avait pas changé. Qu’elle était toujours aussi nulle pour garder quelqu’un près d’elle et que son « petit ami » avait fini par ouvrir les yeux et la laisser. Mais la vérité, c’était qu’elle était seule depuis le début et elle n’avait aucunement besoin de voir les autres pour que cette constatation lui soit jetée au visage. C’était pourquoi elle tâchait de les éviter du mieux qu’elle pouvait.

Sauf ce jour-là.

Elle n’y put rien. Elle était déjà présente dans le bus lorsque celui-ci s’arrêta à l’arrêt où se trouvait alors le trio accompagné de 2 autres personnes que Madison n’aurait pas voulu revoir non plus. Et malheureusement pour elle, ils la remarquèrent et montèrent dans le bus. Enfin, elle ne savait pas vraiment. Peut-être étaient-ils montés tout simplement parce que ce bus était celui qu’ils attendaient. Pourtant, aux sourires légèrement _ voire franchement pour certains _ moqueurs, elle en doutait fortement. Et son pressentiment se confirma lorsque le groupe s’installa non loin d’elle et commencèrent à chuchoter légèrement fort.

« Donc, tu me dis que Ça ça a un petit copain et canon en plus ? commença une des filles qui s’étaient rajoutées au groupe.
— Mais oui ! s’exclama Camélia.
— Je ne te crois pas.
— Pourtant Julie, c’est le cas, répliqua Kyle, les mains croisées derrière la tête.
— Mais on ne l’a vu qu’une seule fois, ajouta Ava.
— Tu le crois ça Ophélie ? rit Julie en se penchant vers la dernière fille du groupe.
— Qui sait … vous avez vu s’il était bien ou mal voyant ? Ça joue beaucoup aussi ! »

Le groupe se mit à rire de vive voix tandis que Madison sentait son cœur se serrer de plus en plus. Elle ne voulait pas pleurer à nouveau et encore moins à cause d’eux … encore une fois. Mais leurs paroles ne faisaient que l’enfoncer dans sa solitude et dans sa certitude qu’elle le sera encore un long moment. Elle n’avait pourtant rien fait pour mériter ça. Leur groupe avait longtemps été uni et rien ne semblait pouvoir les séparer. Mais des histoires infantiles avaient provoqué des disputes entre plusieurs membres du groupe qui avaient fini par arrêter de se parler. Et une chose en faisant une autre, leur amitié avait disparu. Ou plutôt, ces personnes avaient estimé qu’elle n’était pas une personne à part entière et donc que lui parler à elle seule n’avait aucun intérêt. Ceci avant de finalement se pardonner leurs chamailleries et de redevenir un groupe d’amis inséparables. Sans elle bien sûr.

Ses mains agrippèrent son pantalon à s’en faire blanchir les phalanges. Elle était à bout. Elle aurait dû être plus prudente et descendre du bus en les voyant y monter. Mais au fond d’elle, sûrement conservait-elle une part d’espoir qu’un jour tout s’améliore ou qu’au moins l’ignorance s’installe entre eux.

Puis une caresse.

Madison ouvrit les yeux qu’elle n’avait pas eus conscience de fermer et observa ses doigts s’entremêler doucement avec d’autres doigts ne pouvant appartenir qu’à un homme malgré leur finesse. Pourtant, elle ne leva pas les yeux vers la personne face à elle. Ça serait trop beau d’espérer, trop beau de le découvrir là, la sauvant une nouvelle fois. Alors à la place, elle continua d’observer leurs mains se tenir, ses doigts se glisser entre les siens de sorte à ce qu’ils soient à présent paumes contre paumes pour ensuite quitter les genoux de la jeune fille et s’élever un peu dans les airs. Ses yeux ne pouvaient quitter leurs mains scellés.

Puis son regard.

Elle replongea à nouveau en plein été. Et ce fut finalement cette chaleur qui lui donna envie de pleurer. Le remarquant sûrement, le jeune homme l’attira à lui et l’installa sur la place vide à côté de la sienne. Il lâcha une de ses mains, resserrant par la même occasion son emprise sur la deuxième, et amena le visage de Madison contre son cou, la cachant du regard des autres.

« Je suis là » furent les seules paroles qu’il prononça du trajet. Et ce furent les seules paroles dont eut besoin Madison pour que son cœur finisse par s’apaiser petit à petit et oublie la présence des gens autour d’elle. Sincèrement, elle n’avait aucune explication à tout cela, mais la présence du jeune homme avait le don de la calmer.

Quelques arrêts plus tard, son sauveur la tira à nouveau par les mains pour la relever et l’emmener vers la porte du bus. Il la fit passer devant lui de l’engin et darda un dernier regard noir sur le groupe oublié avant de descendre à son tour.

Comme la fois d’avant, le jeune homme les emmena dans le petit parc de jeux pour enfants où ils s’installèrent sur le même banc que la dernière fois. Leurs mains étaient toujours liées entre elle et le silence régnait autour d’eux.

« Est-ce que tu vas disparaître ? Comme la dernière fois ? »

Le visage du jeune homme se tourna vers celui de Madison. Le regard de cette dernière était rivé vers le sol et il pouvait deviner d’ici qu’elle se mordait la lèvre d’appréhension. Il lâcha sa main et cette fois-ci, la jeune femme leva précipitamment sa tête vers lui, lui lançant un regard plein de détresse. Ne pouvant résister face à cela, le jeune homme l’emprisonna dans ses bras et nicha son nez dans ses cheveux. Il inspira un bon coup en se demandant comment il allait faire désormais. A l’origine, il n’était même pas censé interagir avec tout cela, mais Madison était une personne touchante. Bien trop même.

« Je reste … pour le moment.
— Je m’en contenterai … pour le moment, entendit-il chuchoter dans son cou. »

Ils passèrent finalement la fin de la journée sur ce banc, côte à côte. Parfois main dans la main, parfois à simplement regarder les enfants jouer. Ils n’avaient pas échangé un mot supplémentaire mais ce n’était pas grave. Cela aurait été superflu.

Ce fut finalement lorsque la lumière du jour commença à décliner que le jeune homme se leva, obligeant Madison à quitter la chaleur de son étreinte. Il avança d’un pas avant de se retourner vers elle et de lui tendre la main, un doux sourire sur les lèvres. Sans hésitation, elle attrapa la main tendue et se leva à son tour. Ils marchèrent un moment avant d’arriver devant l’appartement où vivait Madison.

Aux derniers mètres, la jeune femme ralentit le pas. Chacun d’entre eux l’approchaient du départ du jeune homme qu’elle n’était pas sûre de revoir, autant qu’elle ne l’avait pas été la fois d’avant.

Arrivée devant la porte, elle se retourna et darda un regard sérieux dans celui de son sauveur.

« Est-ce que je te reverrai ?
— Tu n’étais pas censée me voir aujourd’hui, lui répondit-il aussi sérieusement.
— Et la fois d’avant ?
— Là non plus. Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer.
— Et pourtant tu es là, face à moi, tu m’as sauvé, deux fois de suite. Je peux avoir une explication alors ?
— Désolé, fut tout ce qu’il put lui répondre. »

Madison soupira avant de fouiller dans son sac pour trouver ses clés.

« Est-ce qu’au moins tu vas me donner ton prénom ?
— Édone. Je m’appelle Édone. »

La jeune femme ouvrit la bouche, prête à poser une nouvelle question, mais lorsqu’elle se retourna, il avait disparu. Encore une fois. Sa main toucha enfin au but et attrapa le trousseau qu’elle cherchait un peu plus tôt. Elle voulait rentrer vite chez elle et s’enfouir au fond de son lit. Là, les morceaux de son cœur seraient sûrement plus simples à ramasser.

Plus loin, beaucoup plus loin, Édone espérait pouvoir rentrer sans se faire remarquer. Mais c’était sans compter l’instinct quasi infaillible de son père qui l’attendait de pied ferme devant l’entrée de la résidence.

« Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase « N’ait aucun contact avec elle et ne lui parle jamais ? » ?
— Elle allait mal.
— Ce n’est pas une raison.
— Non, mais tu ne comprends pas ! Elle allait vraiment mal. Elle était à bout. Il fallait que je l’aide. »

Il partit dans sa chambre, sans un regard de plus pour son père. Il voulait y retourner. Il voulait rester avec Madison et l’aider. Il avait tellement eu de mal à la laisser seule ces dernières semaines et là, alors qu’il avait pu enfin l’aider à nouveau, il avait dû s’en aller, précipitamment.

Une petite heure plus tard, un grand fracas résonna dans l’entrée de la résidence. Édone courut en dehors de sa chambre et se précipita à l’étage inférieur où des hommes armés d’épées entouraient un autre homme aux allures princières …. Ou plutôt divines. En le voyant, il se figea sur place. Il avait face à lui l’une des personnes le ramenant le plus à la réalité. Sa propre réalité. Celle qui faisait qu’il était actuellement tiraillé entre le devoir et ses envies.

Il s’approcha doucement de l’homme qui faisait actuellement face à ses parents. Il y avait de l’électricité dans l’air et pas forcément qu’au sens figuré. La tension montait et Édone savait son père près à exploser à n’importe quel moment. Il décida alors de s’interposer, se doutant qu’il détenait la solution aux problèmes opposant ses parents à l’homme qui venait de s’introduire chez eux.

« Herm’, commença le jeune homme.
— Eh bien, qui voilà. Mon très cher neveu.
— Hermaphrodite ! cria le père d’Édone en s’avançant. Sors de ma demeure tout de suite. Toi et tes hommes ne sont en aucun cas les bienvenus ici.
— Eros. Est-ce comme ça que l’on accueille son frère bien aimé ?
— Ne joue pas la carte de l’hypocrisie sous mon toit. Je sais ce que tu veux. Et jamais tu ne l’auras. »

Ledit Hermaphrodite éclata d’un rire aussi étincelant que le reste de sa personne. Édone avait longtemps jalousé l’homme pour sa beauté de la même manière qu’il avait jalousé son père de la sienne qui était on ne pouvait plus éternelle. Puis il avait grandi, on lui avait longuement répété qu’il était aussi beau voire encore plus que les autres hommes de sa famille et il avait appris alors le prix de cette beauté.

« L’héritage revient de droit à mon fils et tu le sais ! continua Eros tandis que son épouse s’approchait de lui dans une veine tentative de le calmer.
— Parce que tu crois que c’est ce que souhaite mon neveu ? demanda Hermaphrodite. Faire le tour du monde pour tirer des flèches d’amour, alors que lui-même s’est épris d’une humaine qu’il n’est pas en droit d’aimer ? »

A cette dernière phrase, Édone sursauta. Comment connaissait-il l’existence de Madison ? Et comment pouvait-il savoir ce qu’il ressentait pour elle ?

Soudain, le jeune homme eut peur. Il craignait ce que son oncle serait capable de lui faire pour avoir l’héritage divin de son père. Il le savait, tout le monde le savait, il ne souhaitait pas devenir le nouveau faiseur d’amour, encore moins depuis qu’il avait vu Madison pour la première fois alors qu’il était censé observer son père travailler. Depuis ce jour, il n’avait de cesse d’observer la jeune fille depuis l’observatoire familial permettant de surveiller les simples humains et leurs agissements. La jeune fille l’avait fasciné. Elle était un mélange de force et de vulnérabilité qui l’avait touché en plein cœur.

Il s’apprêta à répliquer quelque chose lorsqu’un mouvement derrière certains gardes d’Hermaphrodite attira son attention. Il se décala légèrement sur le côté dans l’espoir d’apercevoir de quoi il s’agissait.

« Je te trouve bien curieux cher neveu, se mit à rire Hermaphrodite. Eh oui, c’est bien ta dulcinée qui se trouve derrière moi ! »

A ces mots, Hermaphrodite ordonna à ses hommes de faire avancer la jeune femme qui était totalement paniquée, ne comprenant absolument pas ce qu’il se passait. Elle aperçut alors Édone plus loin et lui lança un regard rempli d’espoir mêlé à de la terreur. Elle ouvrit la bouche, mais seul un sanglot en sortit, brisant le cœur du jeune homme impuissant.

Édone se retourna vers ses parents, leur demandant silencieusement de l’aide. Psyché, sa mère, lui adressa un sourire rassurant avant de s’avancer vers Hermaphrodite.

« Hermaphrodite, nous savons ce que tu souhaites mais il nous est impossible de te le donner. Même avec la meilleure volonté du monde, seul Zeus ou alors ta mère, Aphrodite, pourrait décider qu’une personne autre que l’héritier légitime puisse obtenir le pouvoir d’amour. Pourtant, tu le veux quand même. Tu es là, ici, en connaissance de cause. Es-tu sûr que c’est ce que tu souhaites réellement ? »

Psyché continua son monologue pendant un petit moment, tentant au fil des mots de captiver totalement l’intention de l’hermaphrodite tandis que derrière elle, Eros faisait venir à lui son arc et ses flèches. Il ne tuerait personne _ ce n’était pas avec des flèches d’amour qu’il pourrait le faire _ mais la diversion provoquée serait sûrement suffisante pour isoler le dieu de ses gardes.

Quelques flèches tirées et les hommes d’Hermaphrodite tombèrent en pamoison les uns envers les autres, lâchant leurs armes au sol. Le dieu se retourna vers eux, cria de rage et tenta d’annuler les effets des flèches. En vain. Il rapporta à nouveau son attention vers son frère avant de voir Édone s’enfuir avec Madison. Il s’apprêta à partir à leur suite mais fut arrêté par Eros.

Madison se laissait emporter par Édone. Elle ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait et se raccrocha alors à la main du jeune homme dans la sienne. Elle courait, sans savoir où ils étaient, sans savoir où ils allaient, sans réellement savoir qui est-ce qu’ils fuyaient. Elle se laissait juste emporter par cet homme dont elle avait une confiance aveugle.

Et soudain tout s’arrêta.

Une douleur dans l’abdomen la stoppa sur place et en baissant les yeux, elle découvrit avec horreur une longue pointe en acier traversant son corps, laissant des trainées de sang dévaler le long de la lame.

Édone fut stoppé dans sa course par Madison. Il se retourna vers elle dans l’intention de lui dire de reprendre sa course mais il fit alors face à une véritable vision d’horreur. Il se précipita sur elle, la recueillant dans ses bras avant qu’elle ne s’effondre. Il observa plus loin et vit alors son oncle, le bras levé et un sourire de satisfaction aux lèvres alors qu’Eros l’atteignait enfin.

« Édone, chuchota la jeune fille. »

Le jeune homme reporta son attention sur Madison, toujours consciente mais devenant de plus en plus faible. Il caressa doucement sa joue.

« Reste éveillée d’accord ? Asclépios va arriver. Il va te soigner.
— J’ai l’impression de partir.
— Non, reste ici.
— Je … commença-t-elle avant de sentir ses yeux se fermer de force. »

Madison rouvrit les yeux, dans son lit. Elle se redressa douloureusement, frottant son abdomen suite au rêve qu’elle venait de faire.

Enfin … rêve.

Elle n’était pas sûre d’avoir rêvé. Elle se souvenait de tout, au détail près, et elle ressentait encore cette désagréable sensation de partir. De mourir. Elle se tourna vers son ordinateur posé à côté d’elle. Elle s’était endormie alors qu’elle avait fait quelques recherches en rentrant chez elle. Elle observa la page sur laquelle elle s’était stoppée en dernier.

« Édone, fille de Eros, dieu grec de l’amour, et de Psyché, commença à lire Madison avant de rire. Édone n’est pas une fille, chuchota-t-elle pour elle-même. »

Elle referma l’ordinateur, le cœur lourd et les yeux brûlants. Elle avait réellement l’impression d’avoir vécu tout ce dont elle se souvenait. Mais alors, si cela s’avérait faux, Édone existait-il ? Elle commençait à douter. Elle regarda l’heure et se prépara à sortir. Elle voulait en savoir plus sur la mythologie grecque, sur le mythe d’Eros et de Psyché, sur Hermaphrodite qui aurait voulu être le dieu de l’amour …

Comme à son habitude, Madison prit le bus. Mais pour la première fois, elle ne craignit rien. Et heureusement, car les personnes qu’elle redoutait à chaque fois montèrent dans le bus avec un sérieux manque de discrétion. Et comme à chaque fois depuis ces dernières semaines, ils commencèrent à parler sur elle de manière peu silencieuse.

Les minutes passèrent et Madison ne disait rien. Elle s’était totalement déconnectée de la réalité, n’écoutant pas ce qu’ils disaient. Vint alors l’arrêt de bus où elle devait s’arrêter. Elle descendit les marches, toujours dans un calme absolu, mais à peine eut-elle fait quelques pas qu’elle se retourna d’énervement et fit face au groupe qui la suivait.

« Maintenant, s’en est assez. Oui, nous étions amis. Oui, vous avez fini par m’abandonner. Oui, moi aussi je me demande comment j’ai pu être aussi idiote pour devenir amie avec vous. Non, en réalité, je ne regrette absolument pas que nous ne soyons plus amis. Je le vis tellement bien en fait. Alors désormais, je n’existe plus pour vous. Oubliez-moi comme je vais définitivement le faire avec vous. Adieu.
— Je suis fier de toi, susurra-t-on à son oreille. »

Un énorme sourire fleurit sur les lèvres de Madison qui se retourna vers le jeune homme derrière elle.

« Édone ! Mais … comment … bafouilla-t-elle avant de se contrôler. Alors je n’ai pas rêvé ! Mais, j’ai reçu cette lance. Et je me sentais partir ! Et ton oncle ? Qu’est-ce qu’il …
— Chut, doucement, l’arrêta-t-il en riant. Ma grand-mère, Aphrodite, a fini par venir et a stoppé Hermaphrodite. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé d’autre, tu m’importais plus. Et avant que tu ne le redemandes … Oui, tu étais mortellement blessée. Mais nous avons pu te sauver. Il a fallu faire des choix, c’était presque trop tard. Mais tu es là.
— Mais toi, tu ne le seras plus pour longtemps, dit-elle tristement. Tu es le fils de Cupidon …
— Il préfère qu’on l’appelle Eros, la coupa-t-il en souriant.
— Bref. Tu es destiné à reprendre son rôle lorsqu’il le décidera. Tu vas devoir partir … je ne sais où ! L’Olympe si on suit la logique. Et tu me laisseras seule.
— Eh bien, à dire vrai, mon père est immortel. Il va donc continuer d’assurer son rôle de faiseur de lien pendant un longtemps. Quant à moi, je suis on ne peut plus mortel. Il me serait donc impossible d’assurer ce rôle à sa place.
— Mais …
— En réalité, et contrairement aux mythes, ma mère était encore mortelle lorsque je suis né. Je ne suis donc qu’un héros et non un dieu. Je devais boire l’Ambroisie dans quelques années, une fois atteint l’âge à partir duquel je n’aurais plus vieilli. Je ne suis donc pas immortel.
— Mais, commença-t-elle à nouveau.
— Et le peu de pouvoir que m’accordait mon titre de héros, je l’ai sacrifié. Pour te sauver ?
— Tu as abandonné tous tes pouvoirs pour moi ?
— Bien sûr. Je ne pouvais pas te laisser mourir. Je n’aurais sûrement pas survécu à cela. »

Les larmes dévalant ses joues, Madison se jeta dans les bras d’Édone. Ils restèrent ainsi quelques secondes avant qu’une voix tout à fait désagréable ne les interrompe.

« Super, ton soi-disant chéri est là ! On va pouvoir discuter, s’écria Ophélie. Combien elle te paye pour ça ? Ça ne te dégoûte pas trop de devoir rester aussi près d’elle ? »

Édone lança un rapide coup d’œil à la jeune fille avant de se retourner vers Madison et de lui sourire malicieusement.

« Autant mélanger envie et revanche, n’est-ce pas Madi ? »

La jeune fille répondit à son sourire et quelques secondes plus tard, elle se retrouva à nouveau dans les bras du jeune homme l’embrassant pour la première fois et ce de la plus belle des façons.

Avec amour.

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11 réflexions sur “[One Shot] On the road of Love

  1. Un magnifique OS qui m’a fait hérisser les poils de mes bras, j’en ai eu des frissons. Ton écriture est très juste, fluide et je me suis très facilement laissée prendre par ce petit texte ! Je ne m’attendais pas à trouver de la fiction inspirée par l’Olympe, mais chapeau bas ! Et puis la fin est juste parfaite, sobre, mais parfaite ! Je suis agréablement surprise ! Honnêtement, ça aurait fait un super roman sur le long terme ! Si jamais tu y penses, je trouve qu’il y a matière à faire un bon livre 🙂 Bravo Momo ❤

    Aimé par 1 personne

    • Alors déjà je suis super contente de te voir là et encore plus de voir que tu as aimé mon OS!
      Je dois avouer que ça faisait longtemps que je n’avais pas écrit de cette manière, sans réel but, juste écrire parce que j’ai envie, sans me dire « alors faut que je parle de ça, puis ça, puis ça »! Ce qui explique donc que …. moi non plus je m’attendais pas à retrouver de la mythologie grecque dans cette histoire XD J’appelle ça de l’histoire cacahuéteuse XD
      J’avais pas mal de fin en tête, mais celle-ci est celle qui me plaisait le plus sur le coup ^^
      Je pense qu’un jour j’écrirai un texte inspiré de la mythologie grecque, mais j’avoue que cette histoire, pour le moment, me va comme cela et que je serais incapable de la rallonger xDD
      Merciiii ♥

      Aimé par 1 personne

  2. Je suis vraiment contente de te lire de nouveau sur un OS !
    Alors, tu me connais, la romance n’est pas spécialement ma tasse de thé mais j’ai eu l’agréable surprise de voir la partie fantastique ! Sincèrement, même sans, j’aurais aimé, mais le rapprochement avec la mythologie grecque (dont je suis une grande amoureuse xD) à ajouter un petit plus !
    Ensuite, j’ai vraiment la sensation de retrouver ta plume ! Non pas que je trouvais tes écrits plus récents moins bon, au contraire ils sont tout aussi bien, mais… disons que je retrouve dans ce texte-ci une certaine fluidité, ce petit quelque chose qui se trouvait dans tes premiers One Shot et que j’adore !
    En bref, j’ai beaucoup aimé et je suis pressée de lire le prochain que tu feras !

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  3. j’ai fouillé un peu dans ton blog et je suis agréablement surprise par ce one shot! 🙂 et encore plus agréable de voir que tu y as intégré la mythologie (j’adore ça! :)) je lirai les autres plus tard 😉

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